Derrière cette réalisation, une femme. Une fille du village. Madame Lisette Claudia TAME, qui porte avec elle l'héritage d'un père illustre — le regretté Henri TAME SOUMEDJONG, homme d'affaires Bandenkop dont le souvenir reste vivace dans les mémoires et dont l'esprit entrepreneurial semble avoir traversé les générations. C'est en son honneur autant qu'en celui de son village natal que Lisette Claudia a bâti ce complexe — une façon de dire que les enfants de Bandenkop qui réussissent n'oublient pas d'où ils viennent.
Une cérémonie haute en couleurs
L'inauguration a réuni un parterre de personnalités qui témoigne du rayonnement de l'événement bien au-delà des frontières du village. Sa Majesté Homsi Feze Francis, Roi des Bandenkop, était présent, entouré de nombreux autres chefs traditionnels de l'Ouest Cameroun venus apporter leur caution symbolique et leur bénédiction à cette initiative.
Le coup de projecteur institutionnel fut assuré par la présence du ministre camerounais du Commerce Luc margloire MBARGA ATANGANA, qui eut l'honneur de couper le ruban officiel, accompagné de son homologue de l'Agriculture M. Gabriel MBAIROBE. Leurs présences conjuguées envoient un signal fort : l'État camerounais regarde ce type d'initiative avec attention et considération. Côté administration locale, le Maire de la Commune de Bangou, le Sous-préfet de l'arrondissement de Bangou figuraient également parmi les personnalités présentes ainsi que le Président de la Fédération Camerounaise de Football M. Samuel ETO'O FILS, aux côtés d'une foule de notables, d'élus et de populations riveraines venues en nombre.
La pluie, invitée surprise de la journée, n'a pas réussi à doucher l'enthousiasme général. Un incident impliquant le véhicule du personnel du service traiteur est venu s'ajouter aux imprévus — sans faire de victime heureusement — avant que la cérémonie ne reprenne son cours et se conclue dans la joie.
150 emplois directs et une filière agricole locale revitalisée
Au-delà du symbole, c'est l'impact concret de cette usine qui retient l'attention. Le complexe est conçu pour créer environ 150 emplois directs et 250 emplois indirects dans une zone où les opportunités économiques formelles sont encore rares. Des chiffres qui, pour les populations de Dengou et des villages environnants, représentent bien plus que des statistiques — ils représentent des revenus, de la dignité, un avenir.
Mais l'effet d'entraînement ne s'arrête pas là. L'usine a vocation à s'approvisionner en matière première auprès des agriculteurs locaux, qui pourront désormais produire et livrer directement leurs récoltes à un débouché stable et structuré. C'est toute une filière agricole locale qui se trouve ainsi dynamisée — une chaîne de valeur qui bénéficiera aussi bien aux petits producteurs qu'aux familles qui gravitent autour d'eux.
Sur le plan de la production, le complexe prévoit de fabriquer et commercialiser une gamme variée de produits agroalimentaires : fruits séchés, chips de plantain et de pomme, yaourts, farine et bien d'autres références encore à venir. Des produits du terroir valorisés, transformés sur place, destinés aussi bien au marché local que national.
L'ombre d'un litige foncier
L'enthousiasme de la journée ne doit pas occulter une réalité plus complexe qui plane sur le site du complexe. Les terres sur lesquelles est construit l'ouvrage font l'objet d'une querelle foncière entre les villages de Bandenkop et de Bangou — un litige ancien, profond, qui n'a pas manqué de ressurgir à l'approche de cet événement à forte visibilité.
Conscient que la polémique risquait d'interférer avec la solennité de la cérémonie, le Sous-préfet de Bangou avait pris les devants en publiant, avant l'inauguration, une note officielle destinée à apaiser les tensions et à éviter que le différend foncier ne vienne perturber le déroulement de la journée. Une décision sage, qui a permis à la fête d'avoir lieu dans la sérénité.
Mais une note administrative n'éteint pas un litige. La question reste ouverte et devra, tôt ou tard, trouver une issue légale et définitive. Ce que l'on peut affirmer à ce stade, et sur quoi les Bandenkop sont formels : cette terre est bel et bien située dans le village de Bandenkop. Le dossier suivra son cours.
Un héritage qui prend forme
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans ce que Lisette Claudia Tamé a accompli ce jeudi à Dengou. Construire une usine dans son village natal, créer des emplois pour ses voisins, valoriser les produits de sa terre, honorer la mémoire de son père — tout cela en un seul projet. C'est le genre d'initiative qui donne du sens au mot diaspora, qui prouve que la réussite individuelle peut se mettre au service du collectif.
Bandenkop a l'habitude de voir ses enfants réussir loin de ses collines. Ce qui est plus rare — et plus précieux — c'est de les voir revenir planter quelque chose de durable. Lisette Claudia l'a fait. Et le village, sous la pluie de ce 26 juin, l'a acclamée pour ça.
Paix à l'âme de Henri Tamé Soumedjong, dont l'héritage continue de porter ses fruits.