Événement

Terres Bandenkop: La jeunesse s'interroge

24 mars 2026

Par Jeunesse Bandenkop

Terres Bandenkop: La jeunesse s'interroge

Ce que nos anciens nous ont dit

Assieds-toi avec un vieux de Tsèla. Demande-lui de te montrer où commençait autrefois la terre de Bangou. Il te pointera un endroit qui, aujourd'hui, se trouve bien au cœur de ce qui devrait être notre territoire. Fais la même chose à Fem, à Tchiégah, à Dengou. Tu entendras la même histoire, déclinée avec les mêmes mots chargés d'impuissance et de résignation : «

Ils avancent. Et personne ne les arrête. — Auteur
»

Ce n'est pas une rumeur. Ce n'est pas une exagération de vieux nostalgiques. C'est une réalité documentée, observable, mesurable. Les terres Bandenkop rétrécissent. Et elles rétrécissent vite.


Une stratégie silencieuse, mais redoutable

Ce qui rend cette situation particulièrement alarmante, c'est la méthode. L'époque où des machettes tranchaient des vies pour voler des terres appartient heureusement au passé. Mais ne nous y trompons pas — ce qui la remplace est tout aussi efficace, et bien plus difficile à combattre.

Nos voisins de Bangou ont développé au fil des années un art consommé de l'occupation silencieuse. On plante des arbres — car chez nous, qui plante possède. On construit une petite case, puis une autre, puis un quartier entier. On laboure une jachère communautaire que personne ne surveille. Et dans les cas les plus cyniques, on simule des enterrements sur des terres Bandenkop, sachant pertinemment que dans notre culture, la terre où reposent les ancêtres devient intouchable.

Chaque geste, pris isolément, semble anodin. Ensemble, ils dessinent une avancée méthodique, calculée, implacable. Les localités de Tsèla, Fem, Tchiégah et Dengou sont aujourd'hui les témoins silencieux de cette progression. Dans certains secteurs, des familles Bandenkop se retrouvent littéralement enclavées dans ce qui ressemble désormais à des quartiers Bangou. Comment en est-on arrivé là ?


Le dossier Bapa : une blessure plus ancienne, une plaie encore ouverte

Bangou n'est pas le seul front. Du côté de Packem, une autre réalité s'impose — moins violente dans sa forme, mais tout aussi douloureuse dans son origine.

Pendant les années sombres de la guerre d'indépendance camerounaise, le feu Chef SM FÉZÉ fut contraint à l'exil. Bandenkop, privé de son autorité centrale au pire moment, s'est retrouvé sans gardien sur ses terres du nord-ouest. C'est dans ce vide, dans cette période de vulnérabilité absolue, que des familles du village voisin de Bapa ont traversé nos frontières et s'y sont installées.

Contrairement à Bangou, il n'y a pas d'hostilité déclarée avec Bapa. Pas de conflit ouvert. Mais l'occupation est bien réelle, et une partie de ces terres — qui ne sont pas encore totalement perdues — pourrait être récupérée par la diplomatie et par une présence physique Bandenkop renouvelée dans la zone. Ce dossier mérite qu'on s'en empare maintenant, avant que le temps ne transforme l'occupation en droit acquis.


Où sont les nôtres ?

C'est la question que nous, les jeunes, posons haut et fort. Où sont les élites Bandenkop qui ont fait leurs études à Douala, à Yaoundé, à Paris, à Montréal ? Où sont les cadres, les avocats, les ingénieurs, les hommes d'affaires qui portent le nom de Bandenkop comme un titre de fierté dans leurs CV mais qui tournent le dos quand il s'agit de défendre la terre qui les a vus naître ?

Où sont les ressources ? Car oui, défendre un territoire coûte de l'argent. Les procédures foncières, la cartographie scientifique des frontières, les actions en justice — tout cela a un prix. Et pendant que nous attendons que quelqu'un d'autre prenne l'initiative, les piquets avancent.

Nous ne jetons pas la pierre pour le plaisir. Nous sonnons l'alarme parce que nous voyons ce que d'autres refusent de voir : chaque année de passivité est une année de terrain perdu. Et une terre perdue ne se récupère que dans la douleur.


Ce que nous demandons

Nous ne sommes pas venus les mains vides. Ce cri d'alarme s'accompagne d'un mémoire complet — fruit du travail de jeunes Bandenkop déterminés — remis à Sa Majesté le Roi HOMSI, aux élites et notables, et à toute la diaspora Bandenkop.

Ce document propose des solutions concrètes, organisées et réalistes :

À Sa Majesté, nous demandons une proclamation royale solennelle sur l'intégrité de notre territoire, la création d'une Commission Royale des Terres, et l'engagement d'une diplomatie directe — avec Bangou pour fixer des frontières claires, avec Bapa pour une résolution pacifique et négociée du dossier Packem.

Aux notables, nous demandons de devenir les sentinelles de nos frontières — de documenter, de surveiller, d'alerter, et d'organiser l'occupation physique des terres vacantes avant que d'autres ne le fassent à notre place.

Aux élites économiques, nous demandons de comprendre que leur succès a une adresse. Cette adresse s'appelle Bandenkop. Il est temps d'y investir — pas par charité, mais par devoir et par intérêt bien compris.

Aux juristes, nous demandons d'entrer dans l'arène. Les lois existent. Le droit foncier camerounais offre des recours. Encore faut-il les utiliser avec stratégie et détermination.

À la diaspora, où que vous soyez, votre communauté a besoin de vous. De votre argent, de vos compétences, de votre voix dans les espaces où vous évoluez.

Et à nous, les jeunes — parce que nous ne pouvons pas demander aux autres ce que nous ne sommes pas prêts à faire nous-mêmes — il est temps de s'installer à Packem, de cultiver à Dengou, de construire à Fem. Une terre habitée est une terre défendue.


Le temps presse

Un arbre planté aujourd'hui sera un titre foncier demain. Une maison construite cette année sera un droit acquis dans dix ans. Chaque jour qui passe sans réponse de notre part est un jour gagné par ceux qui avancent sans nous demander la permission.

Nous, les jeunes Bandenkop, refusons d'être la génération qui a regardé sans agir. Nous refusons de transmettre à nos enfants un territoire réduit à sa plus simple expression, avec pour seule explication : « On ne savait pas. »

Nous savons. Nous voyons. Et désormais, nous parlons.

La balle est dans le camp de chacun d'entre vous.

#Identité#Souveraineté#Territoire